भेड़िया

Bonjour, Chandra m’appelle Bhediya, et je viens d’entrer dans votre cerveau.

Bhediya, franchement, désigner un individu par le nom de son espèce — apparente dans mon cas — dénote de la part de Chandra un manque total d’imagination, et pourtant sur certains sujets il n’en manque pas. Ou alors serait-ce qu’il ne souhaite pas créer de lien personnel ? Ce qui démontrerait qu’il n’a pas la moindre idée de ce qui nous attend.

J’ai un nom, bien entendu, comme la plupart des créatures, mais je ne vous le confierai pas, car connaitre le nom d’un individu, d’une chose, d’un élément ou d’un phénomène, donne un grand pouvoir à ceux qui savent s’en servir, sur celui ou celle dont c’est le nom. Les yeux sont les portes par lesquelles ceux qui savent peuvent entrer en vous. Mais le nom est la croix d’attelle, dans la main de celui qui sait, pour faire de vous une marionnette. Plus il est savant, plus il y a de fils qui vous lient à son contrôle.

Vous ne me croyez pas ? Et pourtant je suis bel et bien là, dans votre tête ! J’y suis entré par vos yeux !

Fermer les yeux n’y changera rien, bien au contraire. Secouer la tête non plus.

Plongez-vous plutôt dans ce souvenir.

C’est le milieu de l’hiver sur l’île d’An t-Eilean Sgitheanach, le soleil s’est couché il y a une demi-heure. Il n’a pas neigé depuis deux jours sur Na Beanntan Dearga entre le Loch Sligachan et le Loch Ainort. Vous trottez le long de Teanga Mhòr. Le sentier est complètement déneigé, car une vingtaine de personnes l’ont emprunté il y a… hum ? Environ une heure. À la fin de la crête, le sentier tourne à gauche, s’orientant nord nord-ouest. La pente est maintenant de dix pour cent pendant un sillon et neuf verges.(1)

Vous quittez le sentier alors qu’il longe Allt Bealach na Sgairde (2) et s’oriente plein nord vers la passe entre Beinn Dearg Mhòr et Sgùrr Mhàiri. Vous tournez à droite, entamant l’ascension de la face nord-est, la pente y est de quarante pour cent. Sept chaines plus loin, vous tournez à gauche suivant un replat horizontal qui vous mène, après avoir traversé le sentier qui descend du sommet vers la passe, devant une grande pierre de granite plate, nue, qui irradie. Située à deux chaines et onze verges du sentier, elle a été chauffée par le soleil de onze heures à son coucher. Depuis que vous avez quitté le sentier, vos pas ont laissé une piste dans la neige vierge épaisse de deux pouces.

Un frisson parti de la base de votre nuque descend le long de votre épine dorsale jusqu’à votre queue, débarrassant votre pelage des flocons que le vent y a déposé. Vous vous couchez sur la pierre qui restitue la chaleur qu’elle a emmagasinée, bien que votre fourrure vous protège du froid. En hiver, toute chaleur est bonne à prendre. De cette position bénéficiant d’un dénivelé négatif de soixante pieds, vous jouissez d’un excellent point de vue sur Bealach na Sgairde. Bien que ce soit la nouvelle lune, vous distinguez nettement à deux chaines la quarantaine de personnes réunies autour du feu qu’ils ont allumé.

Vous poussez votre parfaitement identifiable pour signaler votre présence.

Non pas à vos congénères, mais à elle.

Et maintenant dans celui-ci.

Ce jour est celui de la subhachas Imbolg (3). Fêtant le retour de la lumière, il symbolise l'accès à la connaissance et à la sagesse, il permet d’aborder une nouvelle vie. Cette journée est très importante pour vous, c’est votre dernier jour sur l’île d’An t-Eilean Sgitheanach. Demain vous rentrez en Shanyl, mais surtout le deas-ghnàth inbhe de ce soir marquera votre accession au titre de fàidh.

Partie du Gleann Sligeachan avec une vingtaine de Dòmhnallach, la ban-draoidh et votre mhaighstir fàidh, vous avez mis une heure et demie pour parcourir les deux miles un sillon et cinq chaines pour atteindre Bealach na Sgairde. Au milieu du col, d’une acre soixante-quinze, situé à mille trois cents pieds d’altitude, flambe un brasier qui a été allumé par les Mhic-ùin venus du Gleann Torra-Mhichaig en cheminant le long d’Allt Mòr Doire Mhic-ùin pendant un mile avec le draoidh et le bàrd. Les Dòmhnallach déposent les fagots et les victuailles qu’ils ont apportés à côté de ceux des Mhic-ùin.

Après forces embrassades, le deas-ghnàth va commencer, le draoidh jette du gui dans le brasier. À cet instant le s’élève.

Vous souriez, vous savez que c’est pour vous qu’il est venu, que c’est à vous qu’il s’adresse. Vous regardez au sud, sur la face nord de Beinn Dearg Mhòr, vous savez où il est. Il est toujours au même endroit lorsqu’il vous observe à ce caim. L’absence de lune vous empêche de le voir, mais vous le devinez noir comme la nuit qui vous regarde.

Il était là à près de la moitié des deas-ghnàthan auxquelles vous avez participé.

Vous lui avez donné le nom du chemin qu’il emprunte pour venir au caim, Teanga Mhòr. Ce nom l’amuse.

La première fois, c’était pour votre accueil, le jour de votre arrivée sur l’île il y a six ans. Après avoir chanté, il n’a fait qu’effleurer votre esprit, vous souhaitant la bienvenue. Aujourd’hui vous êtes heureuse qu’il soit là. Il le sait. La sérénité vous envahit. Vous l’en remerciez.

La ban-draoidh allume des torches au brasier, et les distribue aux femmes et aux hommes présents qui se répartissent sur le périmètre du caim.

Le draoidh tourne le dos au brasier face à l’est. Il vénère l’air, le vent, l’aurore, la respiration, puis entame une rotation autour du brasier.

Il tourne le dos au brasier face au sud. Il vénère le feu, la chaleur, le jour, le rayonnement, puis continue sa rotation autour du brasier.

Il tourne le dos au brasier face à l’ouest. Il vénère l’eau, le Sidh, le crépuscule, puis continue sa rotation autour du brasier.

Il tourne le dos au brasier face au nord. Il vénère la terre, le minéral, le froid, la nuit, puis termine sa rotation autour du brasier.

Dos à l’est, il fait face au brasier et vénère le Gwyvre, étincelle de vie, vibration créatrice.

Puis avec la ban-draoidh, le fàidh et le bàrd, ils brulent à nouveau du gui.

Le bàrd appelle Yoric, qui approche solennellement. Il est vêtu de la tunique blanche et du long manteau.

Vous souriez à nouveau, Yoric… le beau Yoric fut votre premier amant. C’est ici, à mi-chemin entre les deux gleanntan, qu’à votre demande insistante et au grand dam de Yoric, eut lieu cette première fois.

Teanga Mhòr était là, bien que ce soit un deas-ghnàth très intime, il est plaisant de considérer que c’en était un.

Vous angoissiez un peu. Yoric avait la réputation d’être le meilleur élève de la ban-draoidh en initiation sexuelle.

Teanga Mhòr, à cette unique occasion, prit contact avec vous sans vous avoir avisé préalablement par son chant, laissant Yoric dans l’ignorance de sa présence. Il insuffla en vous la confiance et l’assurance nécessaires à tirer beaucoup de plaisir de cette mì-dhreachaich, et à en donner suffisamment à Yoric pour qu’il vante votre talent.

Son mhaighstir lui ceint la tête de la couronne de feuilles de chêne, annonce à la communauté que Yoric a terminée son initiation et est maintenant un bàrd. Il lui souhaite d’être inspiré par Bridig.

Yoric jette du gui dans le brasier et conte l’histoire de Bran bheannaichte.

C’est maintenant votre mhaighstir qui vous appelle. Vous vous approchez, vêtue de la tunique blanche, il vous ceint la tête de la couronne de feuilles de chêne, annonce à la communauté que vous avez terminé votre initiation et êtes maintenant une fàidh qu’une grande destinée attend. Il vous invite à réciter la création selon le dire de Dana.

Teanga Mhòr arrête l’afflux sanguin qui se dirigeait vers vos joues et vous rend votre sérénité. Vous jetez du gui dans le brasier et récitez :

Avant il n’y avait rien

Ni matière

Ni espace

Ni mouvement

Ni temps donc il n’y avait ni présent, ni passé, ni futur

Donc cet « Avant » n’existait pas

Une singularité apparut. Elle contenait tout.

Le draoidh, la ban-draoidh, le fàidh, le mhaighstir bàrd, et le bàrd Yoric répondent :

Avant il n’y avait rien

Une singularité expulse Dana

Dana est née.

Vous reprenez :

Cinq dimensions se libérèrent :

La longueur

La largeur

La Hauteur

La divergence

Le temps

C’est à cet instant que l’« Avant » naquit.

Ils répondent :

« Croître ! »

La pensée est née.

Le désir est né.

La volonté est née.

L’action est née, l’univers se dilate.

Vous continuez :

Dana joue avec les forces, elle les sépare.

Dana fabrique les premières briques.

Dana diversifie ses briques.

Dana assemble les briques pour former la matière.

Ils répondent :

Dana a semé, le temps doit faire son œuvre, elle entre en stase

Tous les six vous jetez du gui dans le brasier.

La subhachas Imbolg et le festin peuvent commencer.

J’ai besoin d’un peu plus de temps, alors immergez-vous dans celui-là.

Éveil. Vous ouvrez les yeux dans les premières lueurs de l’aube. Vous distinguez du chaume, vous prenez pied dans la réalité. Vous êtes seul, comme chaque matin depuis votre emménagement dans la chaumière. La vue du désordre qui règne sur la couche fait naiîre l’esquisse d’un sourire aux coins de vos yeux. Vous réalisez que vous êtes aussi tendu que si elle était offerte devant vous. Vous vous levez et sortez nu de la chaumière, parcourez les quelques toises qui mènent au lac, dans lequel vous pénétrez jusqu’à la taille. La fraîcheur fait son œuvre, elle provoque l’érection des poils de votre peau, lui donnant l’aspect « chair de poule », et fait disparaître la vôtre. Vous vous baignez puis retournez à la chaumière.

Vous vous essuyez, enfilez un pajama (4) , un kurta (5) , des bottes, vous rendez au puits, tirez un seau d’eau, y remplissez le gobelet que vous aviez pris soin d’apporter, en buvez le contenu. Vous vous dirigez vers la table extérieure, y posez le gobelet, vous asseyez sur le banc le dos contre la table faisant face à l’est avec le lac devant vous. Vous passez votre main dans vos cheveux mouillés. Elle rencontre la larme d’ange qui pend de votre oreille gauche au bout des quatre maillons d’une chaînette en or. Votre main se referme sur les soixante-douze facettes du diamant rose.

L’image de Vasikari s’impose à vous.

Pour votre quinzième anniversaire, la maharani Dalaja avait fait venir des devadâsîs (6) de Thanjavur en pays tamoul. Parmi elles, la jeune Vasikari, âgée de dix-sept ans, aurait la charge de vous initier aux plaisirs du congrès. Après avoir satisfait au rangabhoga par les danses rituelles et les chants, elle délaissa le sari pour le lelengha, sous le regard désapprobateur de ses ainées devadâsî. Mais aucune n’osa lui reprocher de revêtir la tenue traditionnelle râjasthânie composée d’une ample jupe reposant sur les hanches et d’un choli couvrant la poitrine et les épaules.

Espiègle, elle ne cessa de vous aguicher pendant toute la soirée. Vous étiez obnubilé par la peau si foncée de son ventre nu. Lorsque vint l’heure du angabhoga, elle prit votre main et vous mena dans sa chambre où, ne cessant de plaisanter et de vous taquiner, elle vous déshabilla, vous poussa sur le lit sur lequel des coussins avaient été disposés afin que votre torse et votre tête soient légèrement surélevés. Toujours en babillant, elle ôta son choli, fit glisser sa jupe. Votre désir manifeste, grandit encore à la vue des bhagoshth si sombres formant la porte de son joyau. Elle monta sur le lit, s’agenouilla à califourchon sur vos cuisses, votre cœur battait la chamade. Elle prit en main votre lingam, avança amenant son yoni à son contact. Vous ayant invité à admirer son intimité, à l’aide de votre lingam elle écarta ses bhagoshth. Ébloui à la vue du capuchon rose vif duquel dépassait légèrement le gland humide gorgé de sang de son bhagasheph, brillant tel un diamant exposé sur un velours noir. Emporté par une vague brûlante de plaisir, vous vous répandîtes aussitôt sur l’objet de votre convoitise. Provoquant l’éclat de rire cristallin de Vasikari qui vous fit lever les yeux vers les siens pétillants de gaité. Elle déposa un baiser sur vos lèvres puis entreprit de faire renaitre votre désir.

À cette évocation, le sang regagne les cavités que le froid lui avait fait abandonner. Avec un soupir, vous vous remémorez la conversation que vous avez eue avec votre mère le lendemain.

La maharani souriait, indulgente, en vous écoutant décrire avec gourmandise, sans la moindre pudeur, vos découvertes de la nuit. Son jaghanarom nu et lisse comme celui d’un bébé, « Elle s’est préparée pour toi, elle s’est débarrassée de sa toison avec de la cire d’abeille, puis a oint son jaghanarom et ses bhagoshth avec des onguents et des huiles parfumées (chaque fois différents) six fois par jour pendant les quatre jours précédant son arrivée », la fermeté de sa jeune poitrine, le gout de ses lèvres, la douceur de ses mains, et autres émerveillements. Elle fronça les sourcils lorsque vous l’avez informée de votre souhait d’offrir à Vasikari une paire de boucles d’oreilles en diamants rendant hommage à son merveilleux bhagasheph.

—  Chandra, mon enfant n’est-ce pas exagéré comme cadeau ?

Maan, jamais un bijou ne pourra égaler le joyau que cache son yoni.

Priy, toutes les femmes ont un tel joyau.

—  Oh ! Maan, pas comme le sien, pas d’un rose si vif. Même si hier j’étais encore un enfant, j’en avais déjà vu.

Raman, c’est dû à sa carnation. Toutes les femmes tamoules ont les bhagoshth sombres, presque noires, et le rose de leur bhagasheph, du khaladee qui le protège, et de leurs laghu bhagoshth est plus rouge que chez les Râjasthânis.

—  Ah ! Maan, aucun ne peut être aussi resplendissant, il est si… si désirable, lorsque je le vis apparaître, j’en eus l’eau à la bouche, c’était un fruit offert qui semblait si savoureux.

—  Heureux Chandra, cette Vasikari mérite vraiment son nom !

—  Oui Maan, mais ce sont mes sens qu’elle a enchantés. Maan, c’est une devadâsî, le présent doit être digne d’elle.

 Votre mère n’ayant jamais rien su vous refuser, elle convoqua le lapidaire du palais, qui s’en vint avec ses plus belles pierres brutes. Après qu’il se fut entretenu avec la maharani, il vous expliqua que les diamants roses sont extrêmement rares, qu’il n’avait actuellement que trois bruts dans les tons roses. Un rose moyen, un rose foncé et un rose vif, aucun n’était suffisamment gros pour en obtenir deux briolettes longues de plus d’un grain-d’orge. Apparier deux de ces nuances n’étant pas satisfaisant, votre choix se porta sur la pierre rose vif. De forme approximativement oblongue, d’environ sept carats, le lapidaire vous conseilla un unique joyau, plutôt que deux pièces de moins d’un carat et d’une longueur inférieure à un grain-d’orge. Vous avez suivi son conseil, préférant une gemme de cinq carats taillée en briolette longue d’un grain-d’orge et demi.

Pour votre plus grand plaisir (à dire vrai, vos plus grands plaisirs), à la demande de la maharani, Vasikari prolongea son séjour d’une semaine, ainsi que l’une de ses ainées.

Dès votre entrée en possession du pendentif, n’ayant que brièvement félicité le lapidaire pour son travail, vous vous précipitiez dans la chambre de Vasikari dont votre mère sortait. Votre présent la ravit. Exubérante à son habitude, elle fit de petits bonds, tapa des mains, vous couvrit de baisers, vous poussa sur son lit, vous remercia encore et encore jusqu’à épuisement. Lorsqu’au petit matin elle perça votre oreille gauche, la piqure provoqua une phase de pré-réveil vous amenant au bord de la conscience. Elle susurra dans votre oreille d’une voix douce, calme et monotone.

En attachant le bijou à votre oreille à l’aide d’un cordon de soie, telle une litanie elle répéta :

            Dors Chandra, dors.

            Dors Chandra, dors.

           

Tant qu’elle n’eut pas terminé sa tâche.

Puis, caressant votre lingam, elle ajouta :

Tu as voulu pour moi ce bijou semblable à mon bhagasheph.

Chandra, doux Chandra, que ferais-je de deux Peṇkuṟimūlattil.

Chandra, enthousiaste Chandra, garde celui-ci.

Cette nuit, l’imbibant de mon plaisir, je l’ai lié au mien.

Maintenant, ils vibrent à l’unisson, ils ne forment qu’un.

Je ressentirai tout ce qui sera fait à ce qui est maintenant mon bhagasheph.

Alors, touche-le, presse-le, caresse-le, baise-le, lèche-le, suce-le.

(Elle retrouva son intonation espiègle pour ajouter)

Répands-toi sur lui comme tu le fis la première fois que tu le vis.

Votre éjaculation provoqua son rire cristallin, un nouveau cycle de sommeil la mémorisation de sa supplique : « Mais ne le confie à personne, garde-le toujours sur toi. Ne le maltraite jamais, n’en abuse pas, j’en dépérirais.»

La contention qu’exerce votre pajama sur votre lingam, dont l’érection se prolonge, vous réintègre dans le présent.

Réalisant que votre pouce caresse le gland du bhagasheph de Vasikari, vous vous levez. Tandis que votre main abandonne le pendentif, vous faites un pas en avant, ôtez vos bottes et vous asseyez sur le sol. Vous adoptez Svastikasana, respirez profondément, évacuez toute tension. Dès que vous êtes apte à Padmasana (7), vous vous relevez et reprenez votre position sur le banc. L’érection a disparu, mais les mots résonnent encore à vos oreilles. Vous avez toujours respecté la supplique. Pendant le mois qui suivit le départ de Vasikari, la maharani exigea votre présence auprès d’elle de neuf à vingt heures, ne vous laissant jouer avec le pendentif qu’une ou deux fois pendant la journée, fronçant les sourcils à chaque fois que vous portiez la main à votre oreille. Kāmadeva (8) seul sait quel pacte votre mère avait conclu avec la devadâsî. Quand votre liberté vous fut rendue, vous n’usiez guère plus du bijou que de votre lingam.

Vous souriez en repensant à l’incompréhension de l’orfèvre qui réalisa à votre demande la chaînette munie d’un mousqueton et l’anneau d’oreille auquel elle serait accrochée, destinés à remplacer le cordon de soie élimé, lorsque vous avez refusé de lui confier la gemme plus longtemps que nécessaire pour fermer, en votre présence, le maillon qui traverse la pointe de la briolette.

Vous vous concentrez sur votre respiration, pour vous ancrer dans le présent. Pourquoi se perdre dans des souvenirs alors que vous attendez la plus belle femme… la plus belle créature du monde… peut-être aussi la plus dangereuse. Depuis que vous avez pris l’habitude de l’attendre, elle attend l’aurore pour apparaître. Vous admirez, dans la lumière si particulière de l’aube, la beauté de ce début d’automne. Les feuillus qui se reflètent sur la rive opposée selon leurs essences sont déjà teintés de jaune, de rouge, de brun ou encore vert. Vous êtes en contemplation depuis une demi-heure quand l’horizon rougeoie. Mélusine ne saurait tarder. Une à deux minutes plus tard, elle émerge, provoquant des ondes concentriques qui s’élargissent autour d’elle. Elle avance, resplendissante. Embrasées par le soleil levant, ses écailles scintillent avant de disparaitre (après une dizaine de secondes hors de l’eau), remplacées par une peau hérissée de papilles et parsemée de gouttelettes. Elle avance lentement, sur la pente douce menant au rivage afin que vous puissiez jouir du spectacle de sa transformation progressive. Ses épaules, sa poitrine aux mamelons érigés, son ventre plat, puis légèrement bombé à l’approche de son jaghanarom, ses hanches larges, ses cuisses, apparaissent au rythme de son avancée. Lorsque l’eau atteint le bas de ses cuisses, elle s’immobilise, s’agenouille d’un mouvement reptilien, donnant l’impression de s’enfoncer très lentement comme dans une lise. Son immersion s’interrompt juste avant que l’eau n’engloutisse sa poitrine qui se couvre d’écailles étincelantes. D’un geste, elle vous invite à la rejoindre. Après avoir ôté le kurta, bandant comme un âne, vous vous extirpez difficilement du pajama. Libéré, votre lingam frappe durement votre ventre. Cette turgescence d’une ampleur exceptionnelle est l’expression du désir pulsionnel du plaisir inouï annoncé par sa parade. Un congrès inédit, auquel vous n’avez gouté qu’une fois, que vous avez baptisé « du colibri ». Un congrès buccal pratiqué par Mélusine alors que sa langue, par ailleurs humaine, est profondément bifide...

Troublant de se remémorer des souvenirs qui ne sont pas les vôtres, n’est-ce pas ?

Lequel vous a été le plus agréable ?

Mon manque de modestie dut-il en souffrir, ce n’est bien sûr pas le mien, que j’ai choisi afin de vous en révéler le moins possible sur moi.

Alors, celui dans lequel votre corps s’est reconnu, ou celui qui vous a permis de vivre les sensations de l’autre sexe ?

Je vous ai fait vivre ces expériences parce que j’avais besoin de temps pour explorer votre mémoire. Curieuse chose que la mémoire, elle emmagasine une quantité invraisemblable d’informations (souvenirs et connaissances).

Imaginez votre mémoire comme un château. Attention pas le « Palais de la mémoire », technique de mémorisation chère à un “Hannibal Lecter” qui mange la cervelle de ses ennemis, ou à un “Aloysius Xingu Leng Pendergast” qui traque les tueurs en série. Mais un château avec une pièce de travail dans laquelle votre conscience envoie en permanence des informations éphémères. Des pièces lumineuses dans lesquelles votre conscience… disons vous, allez plus ou moins régulièrement. C’est dans l’une de celles-ci que j’ai fait la connaissance d’“Hannibal”. D’autres, un peu moins éclairées, où vous allez moins souvent. C’est dans l’une d’elles que j’ai rencontré “Pendergast”. Il y a aussi les pièces dans les combles dans lesquelles vous vous rendez plus rarement et dans lesquelles vous cherchez parfois longuement, éventuellement dans plusieurs pièces avant de trouver, ou pas, l’information désirée. Enfin, il y a dans les sous-sols les informations considérées comme inutiles, superflues, désuètes, archivées dans les caves, celles que vous ignorez détenir, perdues dans les oubliettes, et celles rendues quasi inaccessibles, derrière d’infranchissables portes bardées de ferrures et serrures fermées par vous… ou par d’autres.

Les informations se manifestent parfois après un long processus inconscient, tel le nom que vous avez longuement cherché avant de renoncer, qui se révèle plusieurs heures plus tard, voire le lendemain. S’il n’était inconscient, ce processus n’aurait rien de mystérieux, mais il serait terriblement ennuyeux, car il consiste, s’il n’est pas interrompu par d’autres tâches, à explorer systématiquement toutes informations mémorisées depuis la pièce la plus lumineuse jusqu’à l’oubliette la plus profonde, tant que l’information n’est pas trouvée.

C’est exactement ce que je viens de faire, je suis même entré dans les chambres fortes. Parallèlement, j’ai implanté en vous ces souvenirs qui vont maintenant suivre le même cheminement que les vôtres.

J’ai d’ailleurs découvert des informations surprenantes dans votre mémoire. Non ! Pas celles qui sont derrière les portes, elles resteront entre moi et… moi. N’insistez pas, je ne vous les révèlerai pas. Mais des concepts que je ne connaissais pas, comme ceux de “civilisation” ou de “culture”, définissant un ensemble de nations partageant les mêmes caractéristiques, le “système décimal” avec ses multiples du “déca” au “yotta” et ses subdivisions du “déci” au “yocto”. Des informations étonnantes sur votre monde, comme la création d’une mémoire collective artificielle. Curieusement, dans cette mémoire artificielle il existe aussi des portes réputées infranchissables mises en place par des “détenteurs” d’informations “confidentielles” pour les “sécuriser”, ou par des “gouvernants” pour empêcher leurs “populations” d’accéder à certaines informations. Ou passionnantes comme la “génétique”, qui explique certaines choses.

Les connaissances que j’ai acquises dans votre mémoire me permettent de jeter un pont par-dessus le gouffre qui sépare nos mondes, nos “cultures”, nos “modes” de pensée.

Si j’extrapole la métaphore (vous voyez comme j’apprends vite) du château représentant votre mémoire, imaginez votre cerveau comme une contrée, avec ses prairies dans lesquelles réside votre moi, ses sommets d’où votre surmoi vous surveille, et ses sombres forêts où se cache votre ça. Dans une de ces forêts, je devrais pouvoir trouver une cavité pour en faire ma tanière, dans laquelle j’entrerais en sommeil lorsque je ne me promènerais pas dans cette contrée. Cohabiter avec votre ça m’en apprendra encore plus sur vous, et qui sait, peut-être collaborerons-nous pour vous faire hurler comme un loup.

Tout ce que vous savez, je le sais. Sauf votre nom bien sûr, puisque dans votre mémoire vous ne vous définissez jamais par votre patronyme.

Acceptez-vous de me révéler votre 

Tout d’abord, mon nom n’est pas Bhediya ni Teanga Mhòr, bien que celui-ci me semble plus plaisant. Mais comme je vous en ai informé dès le début, je ne révèlerai pas mon vrai nom.

Pour tous, ou presque, je suis un loup, j’ai l’apparence d’un loup… géant, mais d’un loup. Je suis sorti du ventre d’une louve, je vis habituellement avec une meute… de loups. Dans ma longue vie, j’ai couvert de nombreuses louves, j’ai engendré une louvetone. J’ai tout d’un loup, mais je suis plus qu’un loup. Un loup n’a pas ma longévité. Je suis âgé de cent vingt-six ans. Un loup ne lit pas les pensées de toutes les créatures vivantes. Un loup ne communique pas avec tous ceux qui sont capables d’accepter ce contact sans verser dans la folie.

Mon trevingitisaïeul Sköll a englouti le soleil, son frère Hati a mangé la lune, leur père Hróðvitnir, plus connu sous le nom de Fenrir, lui c’est Óðinn qu’il a dévoré, un dieu !

Hé ! Ho ! Avez-vous déjà oublié que je suis dans votre tête ? Alors je perçois vos : « Que me raconte-t-il ? Ce sont là, légendes et contes mythologiques ! Manger le soleil, ridicule… c’est une métaphore ! De toute façon, sans soleil pas de vie ! Et Óðinn par-dessus le marché !!! » J’en regretterais presque d'être dans l’impossibilité de vous manipuler. Oubliez vos préjugés, faites preuve d’ouverture d’esprit. Votre monde n’est pas le seul. Je vous « parlerai » plus tard de l’univers, des divergences et des dieux. En attendant, ayez confiance en moi.

Revenons à nos moutons. Vos expressions sont étranges, disons plutôt revenons à nos loups. Tous trois étaient des loups gigantesques parce que tous trois étaient des Jötnar. Hróðvitnir avait été engendré par la Jötunn Angrboða et le dieu Loki. Lequel Loki était lui-même le fils de Laufey et du Jötunn Fárbauti. La “génétique” explique mon gigantisme.

Je suis donc le descendant en ligne directe au vingt-cinquième degré d’un dieu.

Et quel dieu ! Loki était très beau, athlétique, facétieux, intuitif, intelligent, rusé, fin stratège, impulsif. Grand magicien, il pouvait se métamorphoser. Loki se transforma en jument et séduisit, afin de le détourner de son travail, le puissant étalon Svaðilfari, dont Loki porta le fruit des saillies, et donna naissance au cheval à huit jambes Sleipnir, qui plus tard devint la monture d’Óðinn. Il se transforma également pour fuir ou mystifier, en mouche, phoque, oiseau, saumon, et même à une occasion en demoiselle d’honneur.

Maintenant, vous savez qui je suis, ce qui me définit. C’est tout ce que vous saurez sur moi pour le moment.

Voici comment est l’univers selon le dire de Dana.

La création telle que vous l’avez récitée dans le second souvenir n’a duré qu’une “microseconde”. Pendant cette “microseconde”, la taille de l’univers est passée de l’infiniment petit à celle notre système solaire.

Je dis notre, parce que le monde dont vient Chandra, celui dont je viens, celui dans lequel nous sommes, et le vôtre, ont des coordonnées spatiales identiques (“troisième planète du système solaire, situé dans le bras d’Orion, de la galaxie Voie lactée, qui appartient à un groupe local de l’amas de la Vierge, dans le superamas de la Vierge, inclus dans le superamas Laniakea”). Ils sont, à l’échelle de l’univers, temporellement quasi identiques, mais appartiennent à des réalités différentes. À l’échelle des humbles créatures que nous sommes, le vôtre semble plus vieux que les autres.

Pendant le milliard d’années qui suivit, il y eut trois points de divergence. Ce furent des points de divergence majeurs, affectant chacune des réalités préexistantes, créant ainsi huit réalités.

Dana sort régulièrement de stase, elle observe, en intervenant le moins possible, la création des étoiles, des planètes, de la vie.

Plus l’univers se complexifie, plus il y a de points de divergence. Ils sont de trois ordres :

Majeur, affectant chacune des réalités préexistantes doublant ainsi le nombre de réalités.

Mineur, n’affectant qu’une réalité, en créant une nouvelle.

Relatif, affectant toutes les réalités parentes.

o   Au premier degré (affecte les deux réalités issues du précédent point de divergence, en créant 2 nouvelles)

o   Au second degré (affecte des réalités issues des deux précédents points de divergence, en créant autant de nouvelles)

o   Au troisième degré (affecte des réalités issues des trois précédents points de divergence, en créant autant de nouvelles)

o   Etc.

Les divergences majeures sont extrêmement rares, d’ordre cosmique. Collisions cosmiques créant des systèmes planétaires, explosion d’une étoile (“supernova”), collision de deux étoiles à neutrons créant un trou noir, par exemple. Mais si ces évènements peuvent créer des divergences majeures, ils peuvent n’être à l’origine que des divergences relatives, plus ou moins importantes, voire mineures. Ils peuvent aussi ne générer aucune divergence. 

Les divergences mineures ne concernent souvent qu’une planète ou un pays, le reste de l’univers étant strictement identique dans les deux réalités issues de cette divergence. Parfois même, au point de divergence, une seule personne est concernée, puis, en vertu de “l’effet papillon”, un ou plusieurs siècles plus tard il ne persiste aucun point commun sur la planète entre les deux réalités. Mais d’autres fois, la différence est imperceptible, il semblerait à celui ou celle qui passerait d’un monde à l’autre que tout soit identique, mais que tous ses interlocuteurs se trompent ou interprètent mal un point précis de leur histoire, mythologie, science, art ou religion, et que cela ait une incidence diffuse sur la vie quotidienne.

Une planète est définie par ses coordonnées spatiales. La définition d’un monde comporte une dimension supplémentaire, la réalité à laquelle il appartient. Les divergences successives augmentent le nombre de mondes des planètes.

Sur la plupart des mondes, les premiers âges voient l’apparition de créatures, pourvues de grandes capacités.

Exceptionnellement, il s’agit d’une créature unique comme la créature éparse nommée BA sur tous les mondes de la planète Sokol, ou le réseau neuronal végétal nommé Eywa sur des mondes du satellite Pandora de la planète Polyphème. Mais la plupart du temps, elles sont en petit nombre, de quelques dizaines à près d’un millier selon les mondes. Elles sont regroupées en un unique endroit sur certains mondes, dispersées en plusieurs groupes sur d’autres. Elles appartiennent à une ou plusieurs espèces. Souvent de grande taille, la plupart du temps d’une longévité exceptionnelle, elles ont la capacité, plus ou moins développée, d’agir sur la matière avec leur esprit.

Ce sont ces trois caractéristiques qui ont fait naitre chez les espèces proches qui en sont dépourvues, le concept de « dieux ».

Oui, vous avez raison d’évoquer Dana. Mais Dana n’est pas une « déesse ». Dana est « Le » démiurge. « Le » puisque votre société patriarcale n’a jamais réussi à concevoir que la création de l’univers soit due à un être ? un concept ? féminin. La nature intrinsèque de Dana est inconcevable, mais sa féminité est certaine. Ses incarnations ne sont probablement que des distractions destinées à briser la monotonie de l’éternité. De même que Loki inventait des stratagèmes quand il était fatigué de voir les jours se dérouler sans le moindre accroc. Je suppose que Dana s’incarnait sur l’un des innombrables mondes, quand les millénaires s’enchaînaient sans que rien de remarquable ne se produise dans l’expansion de l’univers.

Dans un monde dont les nôtres sont issus, après de plus ou moins nombreuses divergences, vivaient sur les terres proches de l’Arctique des créatures très puissantes appelées Ases et Vanes. D’autres, appelées Jötnar, vivaient sur la banquise. Les humains appelèrent dieux les Ases ainsi que les Vanes. Mais pas les Jötnar, pourtant pourvus des mêmes pouvoirs, qu’ils qualifièrent de géants et de monstres. Cette discrimination était le reflet de l’ostracisme des Ases envers les Jötnar, alors que l’union d’un Ase avec une Jötunn était parfaitement admise. La mère d’Óðinn et de ses frères Vili et Vé était la Jötunn, Bestla Bölþórsdóttir. L’union entre un Jötunn et une Asyne était proscrite par les Ases. C’est parce qu’il était le fruit d’une telle union que mon ancêtre Loki ne fut jamais considéré comme l’un des leurs par les Ases et que sa mère fut mise au ban. Il n’est jamais fait mention d’elle dans l’Edda. Laufey n’y est que le nom de la mère de Loki.

Cela ne vous rappelle rien ? ... J’ai trouvé dans votre mémoire par exemple la Louisiane des planteurs, dans laquelle il était tout à fait banal que les hommes blancs aient des maîtresses noires, mais absolument scandaleux qu’une femme blanche ait un amant noir.

Mais revenons aux Ases et aux Jötnar.

C’est dans ce monde qu’eut lieu le Ragnarök au cours duquel :

Sköll a englouti le soleil. Comment mieux décrire le phénomène par lequel il a absorbé la totalité de l’énergie du soleil, dont la luminosité a diminué progressivement jusqu’à disparaître, quand il n’eut plus rien à consommer ?

Son frère Hati a mangé la lune, tâche bien inutile, puisqu’elle aurait disparu avec l’extinction du soleil. Mais il était dans son caractère de détruire, alors de sa haine il se mit à la déchiqueter, chaque claquement de sa mâchoire semblant en arracher une bouchée, jusqu’à ce qu’il n’en reste que des débris.

Fenrir, lui, estima qu’une prophétie, qui lui avait valu d’être enchaîné si longtemps, méritait vraiment de se réaliser, et que sa participation à l’anéantissement des Ases consisterait à dévorer Óðinn, ce qu’il s’empressa de faire avant d’être tué.

L’action de Sköll à elle seule était suffisante pour mettre fin à toute vie sur ce monde. Mais au moins l’une de ces créatures (Ase, Jötunn, ou peut-être humain) refusa le Ragnarök avec suffisamment de conviction pour provoquer une divergence. En réalité, ils furent plusieurs à rejeter cette fin de monde provoquant plusieurs divergences successives.

Sigr, le fils de Sköll, fut le premier dont la volonté de sauver le monde de Ragnarök fut assez puissante pour créer une divergence. À côté du monde mourant naquit un monde dans lequel Sköll et Hati succombèrent avant de détruire les astres. La guerre, entre les Ases et les Jötnar, n’eut aucune répercussion dans les autres parties du monde. Dans leur zone d’influence, seuls six Ases, huit Jötnar, dont lui-même, et de très nombreux humains, survécurent aux terribles batailles qui suivirent la révolte.

Quelques secondes plus tard, Víðarr refusa avec une telle force la survie de quelques Jötnar qu’il provoqua une nouvelle divergence, créant à côté du monde créé par Sigr un monde dans lequel, dans leur zone d’influence, seuls les six Ases (lui-même, Váli, Hönir, Móði, Magni et Baldr) et un couple d’humains survécurent pour repeupler cette partie du monde.

Simultanément, une humaine horrifiée à la perspective d’une nouvelle confrontation entre « dieux » et « géants monstrueux » fut à l’origine d’une autre divergence, créant à côté du monde créé par Sigr un Nouveau Monde dans lequel, dans leur ex-zone d’influence, seuls les humains survécurent.

Les divergences mineures ont des incidences variables. Celle créée par Sigr par exemple concerne le système solaire dans son entier par l’extinction ou non du soleil. Les deux suivantes ne concernent que la partie du monde où vivent (vécurent) les Ases et les Jötnar.

Toute alternative est potentiellement un point de divergence. Les batailles, les découvertes, les inventions, mais aussi l’évènement le plus banal.

Qu’est-ce qui provoque une divergence, hormis les évènements cosmiques dont je vous ai déjà parlé ? Il y a les évènements stellaires et telluriques. Mais le plus souvent, une divergence est créée par une créature ou un groupe de créatures dont le pouvoir est assez grand pour changer l’issue préalable de l’alternative, comme l’ont fait Sigr, Víðarr et l’humaine.

Voilà, vous savez tout, enfin presque tout sur moi, sur les « dieux » et sur l’univers. Je vais donc regagner la tanière que j’ai aménagée dans un coin sombre de votre cerveau. Et vous abandonner… Provisoirement.

N’oubliez pas, je suis dans votre tête, et je ne suis pas près d’en sortir.

Si ! Vous verrez, ce soir, en vous mettant au lit, vous penserez à moi. Et qui sait, si vous vous réveillez cette nuit, peut-être sentirez-vous le en vous.

Ah ! Vous me faites perdre la tête. J’allais en oublier le plus important.

La divergence se produisit lorsque le sergent Seaghdh ferma la porte de la salle de banquet pour venir me chercher.

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(1) Dans les deux premiers souvenirs il s’agit de mesures anglaises : le pied de 12 pouces de 2,54 cm ne mesure que 30,48 cm (du 47 quand même), alors qu’en France le pied de charlemagne mesure 32, 50 cm (carrément du 50) divisé en 12 pouces francs de 2,7072 cm. Une verge (yard) est égale à 3 pieds, une chaine (chain) est égale à 22 verges, un sillon (furlong) est égal à 10 chaines et un mile est égal à 8 sillons.

(2) Le mot Allt (brûlure) désigne aussi bien un ruisseau ou torrent, que la faille qu’il a creusée. 

(3) milieu entre le solstice d’hiver et l’équinoxe de printemps.

(4) Pantalon large de coton fin.

(5) Chemise sans col s’arrêtant aux genoux.

(6) Les devadâsîs (servantes de la divinité) consacrées au temple dès leur plus jeune âge, formées pour être des danseuses du temple. Initiatrices sexuelles des jeunes hommes et courtisanes elles jouissaient d’un statut social très élevé.

(7) Dans Padmasana (la posture du lotus) les deux talons appuient sur le pubis, alors que dans Svastikasana (la posture porte bonheur) il y a un espace entre le pubis et les pieds.

(8) Kāmadeva est le dieu de l'amour sensuel et physique, de l’érotisme et du désir amoureux. Jeune et très bel homme ailé à la peau verte, il porte un arc fait de canne à sucre, la corde est une chaîne d'abeilles. Ses flèches sont faites des cinq fleurs qui inspirent l’amour :

- Le champaka, le shirisha, le lotus bleu, le jasmin, et la fleur de manguier. Pour les uns.

- Jonesia Asoka, lotus blancs et bleus, jasmin et fleurs de manguier. Pour les autres.